Charles Bösersach

2005.11






Lorsque l'on considère la liste, la longue liste de ce qu'il convient de faire — ou de ne pas faire — au registre de la santé, liste à laquelle on peut ajouter tout ce qui relève des astuces à base de bouts de ficelle, vinaigre et bouchon de liège et qu'enfin on conclut avec les règles d'une économie domestique sévère (acheter ci plutôt que ça, et à telle saison), et que l'on imagine une application [totale] de ces préceptes : un enfer.

Elle prenait son petit-déjeuner dans le métro : elle suçait ses doigts de manière fort intéressante.

J'ai fermé les yeux, les ai rouverts : elle n'était plus là.

Un petit bonhomme triste, la figure pleine de poils, la bouche comme un anus...

Par manière de plaisanterie, elle décrit à ma dernière conquête ce que je serai sous peu (selon elle) : grabataire, en fauteuil roulant, affublé de couches, rongé par les escarres. Sans le savoir, elle décrit exactement ce qu'était mon père aux derniers jours de sa vie (il y a peu). Je pousse l'élégance à n'en rien dire, à rire de sa plaisanterie.

Une porte s'ouvre, l'autre se ferme — mais ce sont toujours des petites vieilles en imperméables aux couleurs improbables.

Les expressions ridicules de cette jeune femme, dans le métro, qui a reconnu quelqu'un à l'autre bout de la voiture et cherche, avec force sourires et yeux ronds à — capter son attention? L'autre, impassible, ne bronche pas.

Le froid, l'ennui. À côté de cela : imperturbable.

En attendant la mort, qu'est-ce que je vais faire de moi?

Entendu dans le train : « Machin m'a dit que toi tu lui avais dit qu'un type... heu... », puis plus rien. Silence.

On jongle avec l'argent. Au moins que cela serve à quelque chose...

Leçon de choses
D’abord ils sont nus au lit, ils s’embrassent. Elle le branle. Ensuite elle le suce tandis qu'il lui caresse le dos et lui gratte la tête. Ça dure assez longtemps. Ensuite il la branle, de diverses manières tandis qu’elle lui suce les doigts. Il adore ça. Ensuite ils font l’amour, lui sur elle. Il la branle en même temps. Il se retire, la suce. Puis enfonce un doigt dans son sexe. Puis un autre dans son cul. Sans arrêter de la sucer. Elle dit qu’elle aime bien. Ils font l’amour de nouveau. Il lui malaxe les seins. Durement. Elle ne dit rien. Elle est sur lui, bouge d’avant en arrière. Il la pousse de côté, éjacule sur lui. Elle le branle encore un peu.

Sur la cloison du chiotte, dans le train, il y avait un porte-manteau, une sorte de gros anneau. J'ai dessiné une flèche pointant vers la patère, avec cette précision : « fion ».

En gare de Culloz, cette salle d'attente formidablement sinistre. Une vilaine table (très vilaine), quatre chaises autour — et cette lumière blafarde. Comme une cuisine réduite à sa plus simple expression.

En certaines circonstances — sauter un repas, par exemple — se sentir particulièrement bohème.

Un couteau, un couteau particulier. Extrêmement pointu, extrêmement aiguisé. La lame, très fine, a une forme ondulée, irrégulière. Un couteau pour tuer.

Dandy : se resservir un fond de Château Margot — pour y éteindre son clop.

Les impedimenta de la vie : fastidieux, un tantinet lointains, routiniers même — traverser tout cela sans y croire vraiment et puis — ça fait passer le temps.

Je ne parle plus d'elle dans mon carnet, ni de l'autre d'ailleurs. L'hallucination est parfaite; reposante.

E. aimerait des textes plus longs, de la littérature. Pensum.

Ce train qui n'avance pas, lutte contre les éléments, englué, pathétique. À l'intérieur, au chaud dans la lumière, le petit contrôleur siffle atrocement faux.

Petites lumières d'une petite ville (Bourgoin?), sagement alignées : cimetière.

Cimetière provisionnel.

Je ne sais pas ce qu'elle fabrique : coloriages, auto-collants, gommettes... une adulte pourtant, et peu souriante. Institutrice, peut-être.

À midi d'excellent pene sauce tomate et piment, et lard. Le vin honnête. Le dessert très beau, léger en goût malheureusement. Et deux cafés. En compagnie d'une femme vieillissante. Une femme vraiment? La viande se dit carne.  Ça me plaît.

Lorsqu'on prend son billet dans le train, c'est dix euros de plus. Coût du traitement manuel. Cher de l'heure. M'en fiche (remboursé).

Le texte court permet de ne pas dériver. Je pense à l'os de J. (elle prétend s'être ouvert la jambe — la cheville? le pied? jusqu'à l'os avec son attelle. Jambe insensible : possible). Cette voix — lucide finalement. J'ai fait le choix de ne plus partager sa vision du monde. Cependant...

Le texte court permet de ne pas dériver. Des gens m'envoient des mail, pour des expos, des lectures, des concerts, à l'autre bout du pays — en semaine de surcroît. Qu'est-ce qu'ils croient?

Envie de chier depuis ce matin (pas le temps). Peur que cela sèche en dedans, durcisse, devienne cassant (s'asseyant brusquement, il s'éventre avec son étron).

P. m'agace. Pinaille. Explique posément avec son phrasé — et sa voix — un peu précieux (comme S.). Il a raison. Et si je choisissais de ne pas lui donner raison (cela serait possible) et de l'envoyer paître? Hé bien ce serait un désastre. Un tout petit désastre.

Pas assez de sexe ici, me disais-je. Et d'évoquer cette envie de chier qui me tenaille depuis ce matin. C'est malin.

J'aurais toutes les bonnes raisons d'étaler un pathos bien épais (genre Cénovis?), de l'étaler sur la grosse tranche de pain dur, moisi, avec un sale couteau rouillé et finalement — comme je disais à T. qui opina joyeusement — on se taperait bien une petite minette stupide de temps en temps. D'où...

Elle était tellement vulgaire (je ne percevais que sa voix); il fallait qu'elle soit très jolie.

Atermoiements.

Pour m'endormir, j'ai besoin d'une femme.

Asuka
Elle porte un shorty en latex transparent. Elle est lisse dessous, comme une enfant. Elle se branle, main dans le latex. Je regarde. Elle porte souvent cette grande chemise en satin noir, ouverte. Seins plutôt gros, pubis bombé. Je regarde. Je me branle aussi, à genoux entre ses jambes repliées. Son autre main sur ses seins, sa langue qui pointe : elle est parfaite. Je jouis sur elle. Elle continue. Elle sourit davantage.
Parfois je lui demande de baisser sa culotte, je jouis sur son sexe ; elle remonte son shorty, recommence son manège.

Elle est dans la baignoire, elle chantonne, se prélasse. Me suce. Jouir dans sa bouche, profond, en la tenant par les cheveux. L’étouffer. Lui faire mal. Ça semble lui convenir (elle n’est pas très bavarde). Puis je lui pisse dessus, sur le visage, dans les yeux. Elle regimbe un peu, pour la forme. C’est chaque fois pareil.