Charles Bösersach

2006.03






J’ai répondu à son annonce puis nous nous sommes téléphoné. J’aime sa voix. Téméraire (?)  et ponctuelle, elle s’est présentée à l’atelier, à l’heure dite. Elle portait un tailleur gris. Très jolie. Je l’ai regardée longtemps sans mot dire. J’étais assis, elle se tenait devant moi.
— J’ai du mal à croire que vous n’ayez pas de partenaire (« soumise, aime être humiliée »)…
— Je viens de quitter mon… ami. Il m’a cassé une dent.
— Faites voir…
— C’est réparé maintenant.
(Je suis debout et elle est à genoux. On sait ce qui se passe. Le bruit.)
Dans sa bouche donc. Mais je ne bande pas. Pas encore. Nous prenons notre temps. Son temps. Je lui bande les yeux, je caresse son visage avec mon. Je caresse son avec mon.
À ma demande elle retire sa jupe. Elle porte un collant. Je désapprouve. Elle est à plat ventre sur la table basse qu’elle a auparavant débarrassée et nettoyée.
Mon (doigt) dans son (cul). Je me branle tranquillement. Je me répands sur ses fesses.
— Remets ton collant, rhabille-toi, je t’emmène chez moi.
Le collant sur son joli cul trempé de foutre.
Elle passera la nuit par terre, nue, gentiment ligotée. J’avais, pour ma part, du « travail ».
Elle m’avait demandé de la libérer à  sept heures et demie. Son travail. Dont je ne veux rien savoir (elle gagne bien sa vie). C’est à huit heures et demi que je la délivre. Je la regarder pisser, se doucher, examiner ses vêtements froissés. Je n’ai pas de brosse à cheveux. Je ne la reverrai pas.

Lui, là, dans le bus, avec son allure « bien pensant ». Toujours quelque chose à dire, toujours un avis sur tout. Sa femme n’est pas laide mais elle est d’une banalité consternante. Quand il rit son visage prend une expression discordante, presque inquiétante. Enfin, il se met à siffler. Faux, comme les autres.

Tout est gris aujourd’hui : les fleuves, le ciel, les berges et les bâtiments, les pigeons, les petits vieux qui dès l’aube piétinent devant les magasins en attendant qu’ils ouvrent. Magasins gris dont les rayons sont pleins de produits gris, poussiéreux, fades. C’est le matin et la nuit tombe, le silence se fait, comme lorsqu’il a beaucoup neigé. Les gestes se ralentissent encore, la main tendue vers le paquet de riz n’atteindra pas son but.

On l’emmène à la cave on la — fout à poil. Un sac en toile rêche sur la tête.
— Si tu suces pas comme il faut on te défonce la tronche à coups de marteau.
Elle se révèle fort complaisante, finalement.

Private bukkake : juste elle — et moi.

A chaque étape tu peux revenir en arrière — mais non. C’est délicieux, cette descente.

Le bus s’est arrêté devant moi. Je ne suis pas monté dedans.

Je suis fier de me montrer avec elle dans la rue : elle est très jolie. Elle regarde l’entrejambes des hommes.
— Tu as vu celui-ci ?
Puis je l’ai mise à l’aise :
— Si tu as envie, n’hésite pas…
— Et toi ?
— Je regarderai, ou je participerai…
(…)
Celui-ci est doté d’un membre incroyable : elle a du mal à le prendre en bouche. Quand il est en elle, elle demande, d’une toute petite voix :
— Ne bouge pas, je savoure.
Elle se penche et me suce.

Il y a des directions qu’on ne prend jamais.

Elle est sur le lit, prostrée dans une position improbable. Elle se tient la tête et gémit. Le lit est propre. Il fait très noir, dehors.

Elle me dit « je n’aime pas baiser dans la rue, après ça me coule à l’intérieur des cuisses »…
— Tu n’as qu’à sucer.
(Elle a ensuite pris l’habitude de toujours avoir un paquet de chewing-gums dans son sac à main.)

Demain je me coupe les ongles des pieds.

Les fenêtres de l’immeuble d’en face : ouvertes, fermées, mais on ne voit jamais personne.

Elle s’est endormie dans mes bras. Je l’ai branlée très doucement et de mille manières, puis je lui ai rentré un doigt. J’ai joui sur ses fesses, les doigts de ma main gauche entrelacés avec les siens. L’amour…

Des exercices pour arrêter de penser.

Renverser un vase, avec les fleurs. De l’eau partout. Sur les ordonnances. Une sourde tristesse.

Aujourd’hui j’ai mangé normalement.

Rien ne m’apaise, rien (échec de JS. Bach).

Faire la vaisselle, salir la vaisselle, relire Le poids du monde,  de Peter Handke.

Le visage couvert de sperme (est-ce que ça calme ?).

Le vin est mon ami.

Il n’est même pas deux heures.

Un vieil anus, complètement relâché.

Je voudrais juste qu’on me laisse tranquille.

Vomir, peut-être ?

Se mettre le doigt dans le cul pour extirper la merde ?

Cet imbécile, dans une voiture, avec un énorme œuf de Pâques en chocolat.

Handke : « Satisfait de mon imperfection ».

Elle était assez jolie mais je n’aimais pas sa façon de marcher, lourde, primaire.

Tellement soumise que personne ne peut la posséder.

Médecin : showman.

Même dans la léthargie qui me caractérise depuis quelques temps, ne pas pouvoir suspendre le flot — le filet — des pensées qui, invariablement, se concrétisent : phrases. Reprendre le carnet, noter, pour s’en débarrasser.

La pensée se prenant elle-même comme objet de pensée : comment éviter le vertige (mais tu es juste debout sur le bord du trottoir).

Elle m’a regardé (j’écrivais) — elle m’a regardé (sans aménité) ; sa copine est très jolie.

Acédie.

Un petit chat a miaulé toute la nuit dans la cour. Parfois il prononçait vraiment « miaou ».

Dès qu’elle part : allumer une cigarette.

Une jeune femme avec une robe rouge, très courte. Elle se penche à la fenêtre. C’est un homme.

Se tirer les vers du nez, les comédons (Comédon : lésion acnéique. Comédon blanc : lésion acnéique qui se forme lorsque le sébum et les cellules de la peau bloquent l'ouverture d'un follicule pileux. Les comédons blancs (ou points blancs) sont appelés aussi “comédons fermés”. Comédon fermé : point blanc ; comédon non inflammatoire avec un centre blanc. Comédon ouvert (ou point noir) : comédon non inflammatoire avec bout noir et contenu dense.) Passionnant.

Angoisse : j’ai cru que mes chaussettes étaient trouées.