Charles Bösersach

2006.04






Je marche dans ma maison. Je parcours des kilomètres.

Nous sommes passés peu de temps après l’accident. Corps calcinés dans la carcasse du minibus. Une femme se lamente :
— Il était si jeune, il ne méritait pas ça…
J’opine. Je m’en fous complètement.

Vieil homme, triste, miteux. Au bureau de tabac il achète « un solitaire ».

FUNÉRAIRE

Ce brave toutou, attaché devant l’épicerie… En passant, lui mettre une balle dans la tête…

Femmes entre deux âges, sèches, aigries. Ex-jolies filles.

Tu seras mon étui pénien.

Les « drôles de rencontres » se multiplient.

Trouver un endroit sobre pour s’asseoir — et attendre.

Boire quoi ?

J’aimerais pouvoir me gratter l’intérieur de la tête.

Pourquoi les bus passent-ils ici ?

De l’avantage des promenades solitaires : nul besoin de converser.

Comme s’il y avait deux mondes — et moi je suis dans l’autre.

Chaque jour un alibi. J’allais écrire « un nouvel alibi » mais non, quatre ou cinq suffisent.

Se promener avec satisfaction : je n’ai pas d’ennemis.

Les autres ont toujours raison.

À deux dans la baignoire : mes pieds sur ses seins, ma bite entre les siens. C’est vite inconfortable.

J’aimerais être un tatou — ou un cloporte : me mettre en boule et ne plus bouger.

Ici c’est l’autre monde : la surface.

Passé une quinzaine de jours à Lyon, en résidence (un arrangement tenant autant de la littérature que du libertinage). Quinze jours pour écrire une nouvelle. On m’avait vanté les « soirées lyonnaises ». Je n’en ai rien vu. J’ai été accueilli le soir de mon arrivée par un jeune homme chauve, très avenant. On m’a conduit dans un immense appartement bourgeois donnant sur la Saône qui semblait un lieu de passage : chacun vaquait à ses affaires sans se préoccuper d’autrui. Toutes sortes de gens. S., le jeune homme chauve, m’indiqua qu’un appartement était à ma disposition, et une secrétaire. Il avait eu une hésitation avant de prononcer le mot. Nous nous comprenions. Il s’absenta un instant et revient accompagné d’une jeune femme d’une rare beauté. Une métisse (arabe et asiatique, semblait-il). Elle portait des sous-vêtements noirs, Calvin Klein.
— Elle est très docile, précisa S.
Évidemment…

Il y a des façons de se tenir…

Goût doux.

J’ai cru que le lavabo était fêlé : c’était un cheveu.