Charles Bösersach

2006.05






Voyage au pays des lamentations.

J'ai toujours confondu les mois d'avril et de mai (dans la numérotation des dates par exemple). Incidemment (?), ma mère, mon père — J. aussi — étaient de ces mois-là (naissance et/ou mort).

Quel est le contraire — du temps?

Ils s'étaient attaqué — comble de l'infamie — aux boîtes aux lettres.

Ferme ta bouche, cache tes seins (hypocrisie).

Les toiles d'araignées ne me dérangent pas — et dormir seul me convient tout à fait.

On m'a gentiment reproché de n'avoir été qu'allusif quant à mon séjour lyonnais. Pas d'autre excuse que la paresse. K., ma secrétaire, était parfaite, à peine souriante. [...] J'ai posé la main entre ses jambes après avoir relevé sa jupe. Comme si de rien n'était (l'un et l'autre). J'ai pris sa main (fine, délicate), l'ai posée sur ma braguette. Lent et doux massage. Précis. Je caressais son sexe à travers sa culotte. Suave. Sans doute le chauffeur avait deviné notre manège, et s'en agaçait. Cela m'amusait. À peine la porte de l'appartement refermée, je la priais de se mettre à genoux. La tenant par les cheveux, et sans la ménager, j'usais de sa bouche. Ensuite nous nous embrassâmes. J'avais à travailler un peu. Elle prépara à manger. [...]

Elle est vieille (pas jeune), laide (pas jolie), mal fagotée — elle a la tête de celle qui vient de passer une bonne sale nuit d'amour...

Ils ont cassé les boîtes aux lettres.

Je suis en train de m'empoisonner.

À côté de mon lit un corps, une momie décharnée, jaunâtre, marron, affublée de sous-vêtements affriolants.

Très jeune, visage ingrat (sotte, bornée) — et elle ne sent pas très bon. Elle va en baver (dans la cave de la petite maison).

Je lui avais dit comment s'habiller (enjouée, elle fouillait dans la grande malle du salon) : débardeur un peu lâche (et rien dessous), pantalon taille basse et string (noir) bien visible. Un chignon mal fichu avec des mèches qui pendent. Négligée mais sexy. Et nous sommes sortis, tard, boire et traîner sur les pentes de la Croix-Rousse.
Elle riait beaucoup, trébuchait.
La suite est plus opaque : nous étions au bar et il faisait très sombre. La musique trop forte et les hommes en sueur. Quelques filles, grasses, vulgaires ; ivres. Et des mains qui se posent sur K. Qui rit (trop). Je souris (je m'ennuie). Mais quand des mains s'emparent de sa poitrine, quand l'homme mord sa nuque sans me quitter des yeux, je descends lourdement de mon tabouret, furieux — et une incroyable douleur derrière la tête me terrasse.
Le bar est fermé, tout est sombre. Je suis assis, attaché sur une chaise.
K. est sur une table, couchée sur le dos, la tête dans le vide. Un homme va et vient dans sa bouche, lourd, régulier. Il porte un pantalon beige un peu trop grand pour lui. Un autre — et cela me surprend — la suce, sans doute fasciné par ce sexe lisse, vulnérable — de la nacre. Le ventre creux de K., ses côtes, ses hanches osseuses — et ses seins presque lourds. C'est chaque fois un ravissement. Sa bouche saigne : lèvre inférieure fendue. Rien de grave.
J'ai mal derrière la tête. Je bande. Deux ou trois autres hommes se tiennent dans l'ombre. Tout est calme, il fait très chaud, le plancher craque.
K. est en sueur, elle remue doucement. Nous échangeons un regard : les choses se passent à peu près comme prévu.
Il jouit dans sa bouche en jurant, s'enfonce complètement.
K. manque étouffer. Rires de bon aloi. Il reste. Il se vide dans ses poumons. Celui qui la suçait s'est redressé, il me montre du doigt.
— Tu as envie ?
Faussement résigné, je hoche la tête.
Alors ils nous installent. K. me guide, dans son cul. Elle doit ouvrir les cuisses, et se branler. Et sucer, sucer. Son cul me transmet des signes amicaux, de petites contractions. Elle bouge bien. Et puis il faut changer : elle me suce et un autre l'encule. Elle doit ouvrir ses fesses, le plus possible. À se déchirer le cul. Ils sont silencieux, sérieux. Consciencieux. Mais comment cela peut-il se terminer ?
« À deux, debout ». Cela devient acrobatique. K. semble minuscule, serrée entre ces deux hommes robustes. Celui qui est derrière elle (celui qui l'encule) lui tient les cuisses relevées puis elle les passe autour de la taille de celui qui la baise, elle s'accroche à son cou. C'est presque tendre. Elle n'a pas dit un mot. Elle manifeste son plaisir par de tout petits cris, des soupirs. Maintenant celui qui l'encule lui malaxe les seins. Il lui fait mal. Il pince les mamelons, les roule entre le pouce et l'index. L'autre lui pétrit les fesses puis l'embrasse longuement, lui mord les lèvres. Lorsqu'ils s'arrêtent, celui qui est derrière enfonce deux ou trois doigts dans la bouche de K. qui les suce, les lèche avec une avidité presque inquiétante.
Je n'ai pas joui. Mon sexe est douloureux, dressé, cocasse, très rouge. J'ai soif aussi. Je n'ose pas réclamer, pas maintenant : la scène, dans cette pénombre, ces bruits élémentaires — perfection.
Ils jouissent, cela se défait, on la secoue, elle crie enfin, un râle. Deux autres recommencent, même chorégraphie, presque : deux membres dans son sexe cette fois. Elle griffe le dos, empoigne les cheveux de celui auquel elle s'accroche, petit animal sauvage, vulnérable, insatiable. Pleine de foutre.
Que quelqu'un s'occupe de moi… qu'on me libère un bras, que je puisse — au moins — me branler…
Ils la laissent tomber. Littéralement. Choc sourd sur le plancher. On me libère. Comme elle se relève péniblement je lui demande de rester à genoux, les mains dans le dos, comme une écolière punie. Je prends sa bouche. Je lui fais mal. Profond dans sa gorge. Mais je ne parviens pas à jouir.  Alors je me branle, tout près de sa bouche grande ouverte. Et enfin ; sur son visage. Dans ses yeux, qu'elle garde ouverts. Malgré la douleur. Pour la douleur. Sperme dans ses narines. Dans ses cheveux. J'aimerais éjaculer des heures, la recouvrir de foutre.
Les autres sont au bar, ils boivent quelque chose, ils regardent leur montre ; on les attend.
K. se rhabille. Ses vêtements étaient bien rangés, pliés sur une chaise. Nous sommes rentrés à pied, très lentement ; sans dire un mot. Si, elle a dit « ça me coule à l'intérieur des cuisses ».
Elle a pris un bain, m'a rejoint au lit. Pimpante.
— Ça fait du bien…
Mais je n'étais pas sûr de savoir de quoi elle parlait.

De la vulgarité comme élégance suprême...

Le jeune flic était trop zélé : la pègre voulait sa peau. Un soir, alors qu'il bavarde avec sa petite amie, passe un homme qui le bouscule un peu avant de lui porter un coup de couteau dans le ventre et disparaît prestement dans la nuit. Il est à terre. Essaie de se relever. Passe une vieille femme qui lui assène un coup de hachoir — et l'on s'aperçoit que la rue est une longue procession d'hommes et de femmes, jeunes et vieux, chacun portant une arme blanche, chacun lui donnant au passage un coup avant de s'éclipser. Sa petite amie est comme Le Cri de Munch : pétrifiée dans l'horreur. Le jeune homme est une masse sanguinolente ; il vit toujours.
À l'hôpital, infirmières et médecins, corrompus, achèvent de le mutiler, de l'amputer, sans le tuer.
Sa petite amie l'a quitté.

Cette petite noire à la plastique renversante, moulée dans un ensemble en jean usé et délavé. Je la suis, me dis-je, où qu'elle aille je la suis.

Deux jours deux nuits sans me laver, à dormir tout habillé, à me pavaner (dit-elle) avec mes vêtements tachés de sperme (le mien).

Texte transmis par S. : « Une femme assise en terrasse, visiblement soûle, me sourit benoîtement alors qu'elle tient sa jupe bien remontée histoire de se faire bronzer le maillot. Je passe devant elle, vais acheter mes tomates. 2 minutes plus tard, j'approche de la porte de l'immeuble et la voit se lever, faire un bisou à son gars. Elle sourit toujours béatement et au lieu d'aller à droite se laisse emporter à gauche par l'ivresse alors que sa jupe glisse au sol. Cul-nu (fendu d'un string noir) dans la rue, elle se baisse pour remonter sa jupe posée sur ses chevilles et se vautre alors au sol comme une merde. Ça se passait au 50 rue C. J'ai pas pu m'empêcher de penser à Bösersach... »

(...) non, j'avais oublié : dans l'appartement lyonnais, je l'ai d'abord examinée...

Il hante tous mes rêves, le V. Quinquagénaire osseux au sourire carnassier, survolté. Il a des tas d'idées, de projets. Mais ce ne sont que des façons de me persécuter. En tout lieu, à tout moment il apparaît, affairé, sûr de lui, épuisant.

J'ai vu sa peau, je l'ai touchée — vous vous rendez compte? (Je ne sais même pas son nom.)

Hésiter (?) entre la gueule de bois et la langue de bois.

J'ai bien fait de lui demander, il y a quelques temps, si cela la dérangeait que j'éjacule sur elle (pas du tout...). Depuis c'est quasi-quotidien.

note : deux filles soumises, l'une par goût, l'autre par contrainte

Comme elle me regardait, la vieille, avec son bob ridicule, son strabisme inquiétant et ses énormes lunettes, la bouche ouverte sur une denture de biais, affublée de vêtements bariolés, parfaite incarnation de — la mort grotesque.

Son petit corps tiède contre le mien : je n'osais même pas espérer qu'elle fût jolie (elle l'était, au delà du supportable).

Il avait une façon particulière de lui dire au revoir : dans la cour, au vu et au su des passants, elle devait s'agenouiller sur le gravier (et abîmer ses bas), il empoignait sa tignasse et usait brutalement de sa bouche.

Madame, je montais l'escalier derrière vous et regarder votre cul m'a fait un bien fou.

Des filles redoutablement pneumatiques.

Elle n'est pas très jolie mais — c'est très bien imité.

Les militants anti-publicité emploient le langage de leur ennemi : NO PUB est leur slogan.

Très tôt le matin il harangue les passants sur la place du marché avec un fort accent lyonnais : « parce qu'au fond, la seule chose dont on puisse être sûrs, c'est d'nos os qui s'enfoncent dans not' biasse... »

Se faire sucer en écoutant tomber la pluie.

Il émerge de sa torpeur, il ouvre enfin un oeil. Son retour à la vie : le petit cul de l'infirmière penchée sur le lit d'à-côté.

Quand je la quitte elle me dit « je sens encore tes mains que mes fesses ».

La caresser dans le taxi. D'abord en effleurements très délicats, puis enfoncer la soie avec le doigt, les doigts, dans son sexe entr'ouvert. Ensuite, écarter le tissu froissé, humide et d'un coup la pénétrer — de quatre doigts. Elle ne peut réprimer un spasme, un hoquet. La caresser dedans.
Le chauffeur fait mine de rien. 
— Elle va me sucer… ne vous en faites pas elle fait ça proprement, elle n'en perd pas une goutte…
Il ne répond pas. Nerveux peut-être. Je continue :
— En revanche, elle aime bien se faire enculer pendant qu'elle me suce, alors si vous connaissez un coin tranquille, vous pourriez…
Un coup de volant, une brusque accélération ; je n'ai pas pu finir ma phrase. Nous sommes garés sous un pont ferroviaire, vaguement éclairé par quelques néons jaunâtres. Murs crasseux, humides, odeur d'urine, tout est bien.
Il se retourne, il attend.
— Un instant…
Elle sort de la voiture, retire prestement sa — très courte — jupe et sa culotte et se penche sur moi, cambrée, cul nu, sans un regard pour notre chauffeur. Lequel, après quelques secondes d'hésitation…
Elle me suce « goulu », abondante salive, bruits presque excessifs. Je suis vautré, je regarde ses seins qui ballent dans le décolleté. Notre homme s'est enhardi : il besogne vigoureusement.
Un coup d'œil au tableau de bord : le compteur continue de tourner. Je le lui fais remarquer. Entre deux grognements il précise que la course est pour lui. J'apprécie ; j'appuie sur la tête de K.
Une voiture passe. Jeune couple. Ils détournent la tête, accélèrent, s'enfuient ! Et si c'était un viol ? tant pis pour la victime. 
K. est ravie : elle en a plein la bouche, plein le cul. Elle déglutit ostensiblement, avec un grand sourire.
Le chauffeur n'a pas fini. Il ralentit, chipote… Se retire, hésite, revient… Ce qui lui plaît le plus : contempler son membre aller et venir dans le cul de K.  Enfin il jouit, profond en elle qui, la tête posée sur mon ventre, ronronne de plaisir en bavotant.
Elle remet sa culotte, il remonte sa braguette. Elle rajuste sa jupe, il s'assoit lourdement et remet le contact. Personne ne dit mot. K. pose sa tête sur mon épaule ; somnole et chuchote à mon oreille : tu me jouiras dessus, ce soir ? Faussement distrait, je ne réponds pas ; je regarde la nuit.
Au moment où nous quittons la voiture, le chauffeur nous tend brusquement sa carte.
— Appelez-moi quand vous voulez, quand vous voulez…

(Mais nous ne jouons jamais deux fois la même partition…)