Charles Bösersach

2006.06






Il n’avait pas prononcé un seul mot depuis des années et soudain, sans que personne s’y attende, il cria presque, d’une voix éraillée, douloureuse : « quatorze quatre-vingt dix ». Et ce fut tout.

Béni soit le cul des filles, bénis soient les gros nichons.

Elle est belle, comme une poire bien mûre, une poire Williams, juteuse, parfumée, terriblement appétissante — presque blette.

— Mort aux vaches, cria quelqu’un ;
— Assassin, répondit un autre.

Elle ne comprenait pas. Il hurlait.
— Je n’en avais qu’à ton cul, et tu m’as déçu, tu m’as bien déçu…
Elle pleurnichait. Ensuite il l’égorgea.

Une placidité qui confine à la pétrification — n’étaient ces douleurs rhumatismales…

Ces filles, pétries d’une candeur — pulpeuse.

Hier soir en partant : deux vieux adolescents se demandaient ostensiblement s’ils allaient mettre le feu à la poubelle ; mon absence totale d’intérêt pour la question sembla les décevoir ; ensuite, dans la ruelle, cette jeune femme affublée d’un baladeur et qui chante, abominablement faux, à tel point qu’il serait absolument impossible de reconnaître quoi que ce soit. Une gageure.

Dix ans, gras, du gel dans les cheveux, quelques piercings, la vêture « mode », baladeur sur les oreilles et manipulant (inutilement : nous sommes dans le métro) son téléphone portable : parfaite vulgarité.

— Il a beaucoup souffert ?
— Oui, énormément…
(Sourires de connivence).

Une drôle de voix qui crie, tôt le matin, dans la rue : « tu veux un préservatif, gros pédé ? ».

Couché par terre. Affublé d’un masque de plongée, il reste des heures la tête sous le robinet de la fontaine, sur la grand-place. Plus tard, malgré un équilibre pis que précaire, il se bat contre un arbre, lui donne de grands coups de pied, s’éloigne, le surveille du coin de l’œil, y revint, le défie. L’adversaire est de taille.

À force d’être en avance, on finit par être en retard.

Elle avait une façon de boire à la bouteille : j’ai cru qu’elle jouait de la trompette.

Pluie torrentielle. Je me réfugie sous un abribus. Et papote avec un vieil homme qui a fort accent de l’Ain. Parmi d’autres choses il me narre un accident auquel il a assisté : un livreur de pizza à mobylette renversé par une voiture. Toutes les pizzas répandues sur la chaussée, écrasées pas les voitures. Un vrai carnage.

Dans la ruelle, un pigeon me fait face, faussement désinvolte. C’est lui ou moi, me dis-je, inquiet. On se croise, on je regarde. Il ne se passe rien. Pour cette fois.

Belle fille, de grandes taches de vin dans le dos, dessinant une étrange cartographie.

Dans la rue, cette jeune grosse noire qui téléphone. Cette voix nonchalante : « j’ai mal dormi ; j’ai mal au cul ».

Céline : elle a aimé que je la brutalise ; elle prenait ça pour de la passion.

Dans une rue lyonnaise : un jeune homme pas très frais explique à un plus âgé, bien décati « la honte de Lyon, la merde… c’est à Perrache… Y’a des… des prostituées, des… des putes, des… pédés… ». L’autre fait semblant de s’intéresser. Il a du mal à marcher droit.

Une Gibson Les Paul, noire.

Dans la foule pressés. Je regardais son cou, la peau de sa nuque, le haut de ses épaules. C’est bien plus tard que je découvre qu’elle a un cul formidable.

À la faveur d’une bousculade, ma main a pu juger de l’exquise rondeur et de la fermeté de ses fesses.