Charles Bösersach

2006.08 et 09






La pornographie m'attend.

Je suis allé rouspéter à la régie, pour la porte d'entrée toujours pas réparée. La jeune femme à l'accueil était tellement jolie que ma mauvaise humeur est retombée d'un coup. Nous avons échangé quelques phrases mais je ne voyais que ses yeux.

Cet homme qui achetait des bananes avec un air coupable...

Soixante-neuf, plus un doigt dans le vagin et un autre dans le cul.

M. me téléphone : « je suis à la plage ; si tu me trouves, tu m'encules ». Joli programme. Je erre à sa recherche par les dunes puis derrière les blockhaus, mais rien. Comme je repars, dépité, je l'aperçois qui rit, couchée sur sa serviette fushia, au beau milieu des vacanciers. - Enfin, dit-elle, hilare, comme je m'assieds à côté d'elle.     
Elle tire sur nous son grand paréo, me dégrafe, me tripote et quand je suis prêt elle me tourne le dos : « viens ». Parmi les familles, les parasols, les enfants qui courent, j'encule M. comme elle l'a demandé : tout doucement. (Et je me rends compte rapidement que je suis loin d'être le premier à l'avoir trouvée ce jour-là.)

Je suis une bite, un dard ; un mandrin. Avec de touts petits bras et jambes, flottants. Et au loin, au loin : un soupçon de conscience.

Le lit pue ; j'adore ça.

Comme ça coulisse bien, dans sa gorge...

Je m'ennuyais passablement, jusqu'à ce que passe cette grande noire au derrière succulent.

- On se lève ?    
- Je ne peux pas me lever tant que je n'ai pas éjaculé…    
Alors elle s'exécute.

Je pourrais me damner (pour certaine caissière arabe de Franprix).

Gras : vide.

Un bruit de succion.

La nature a horreur du vide dit-on. Au-delà de l'ânerie qui consiste à personnifier un concept, force est de constater que c'est l'Homme, oui, qui a horreur du vide. Du silence…

Le heurtoir.

Ça sent l'urine (ordinaire).

Le jeune homme très suffisant.

Kathy Acker m'a (presque) bouleversé.

Kathy Acker ma tuer.

Le jeune homme (un autre) a jeté sur moi une grosse miette de brioche. Il était très souriant. Il s'est excusé, expliquant qu'il essayait de favoriser les moineaux par rapport aux pigeons. Il a continué de parler mais le reste s'est perdu dans le bruit de la gare (je deviens un peu sourd).

L'autre con (C.) va publier un bouquin. Ils veulent sa photo pour la quatrième de couverture. Pas de quoi pavoiser : même JLC n'a pas mis la photo de sa bite en « quatrième de couv. ».

J'ai pour le monde une haine presque affectueuse. C'est de leur faute : ils font du bruit avec leur bouche quand ils mangent.

Je n'arrive pas à décider si elle est jolie - tant elle est sotte. Mais : ces petits nichons tout frais…

Ils ont annoncé quelque chose de spécial : une fille était sur une sorte d'estrade, vêtue d'une petite robe noire toute simple (la PRNTS qui coûte une fortune). Déjà passablement débraillée. La règle : chacun son tour peut lui demander de faire à peu près n'importe quoi, lui cracher dessus, pisser ou éjaculer sur elle, ou par terre et lui demander de lécher mais il ne faut pas la toucher. Celui qui ferait ça mourrait sur place, calciné, dans les convulsions d'une souffrance atroce. Non, sans rire, il serait exclu pour quelques temps. Bref on ne s'ennuie pas. Mais j'ai préféré l'après-midi chez les M. (quand on avait cloué une jeune femme sur la table avant de dîner).

Elle vit seule sur une île déserte (ça commence bien) ; elle se masturbe avec des bouts de bois, des cailloux, des poissons morts. Les os des autres naufragés. Juste de l'autre côté de l'île il y a un supermarché, des voitures plein le parking, brûlées par le soleil. Il a dû se passer quelque chose. La route s'interrompt (une très jolie route, bien propre, toute neuve), s'enfonce dans la mer. Ce qui lui manque le plus : du shampooing.

Est-ce qu'il est nécessaire d'en dire davantage ?

Je vais dormir un peu (litote).

Mais non : j'ai lu. La méthode secrète pour devenir un oiseau - et mourir. Pour se faire un joli petit cul. Et mourir. La gorge emplie de ténèbres et de goudron - tiède - au goût de caramel. Moi aussi j'aurais pu garder une jeune fille dans ma cave (d'ailleurs, qui connaît ma cave ?). Mais je n'aurais pas été paranoïaque. Je l'aurais éduquée. Et redevable elle m'aurait aimé. Les pires turpitudes (hein ?) endurées avec le sourire - et gratitude, puisque ça va de soi. J'aime bien ces expressions, comme j'aime cette peau bronzée et - ces omoplates qui joliment bougent sous cette peau bronzée. S'il n'y avait pas le train je n'écrirais jamais (qui s'en soucie ? qui ?). J'ai baissé la tablette pour écrire plus confortablement (il y a un type qui renifle sans cesse) mais ça colle c'est dégueulasse j'imagine - les pires turpitudes, justement. Mais la tablette est trop fragile, ça ne marcherait pas.

Écrire dans ce petit carnet (commencé en août 2005) c'est une façon très nette de dire merde à ce type qui renifle, à cette pas jeune femme qui feuillette un magazine pipole ; à cette asiatique sans âge, myope,  au visage renfrogné, à cette vieille en robe à gros motifs criards, à cette jeune blondasse incapable de prononcer une phrase grammaticalement correcte, au jeune homme arrogant (il a des pieds immenses) puis repensant à la jeune blondasse (ravissante jeune femme dont il me plairait de cochonner la gorge), etc.

Les mots en asse. Brunasse ?

J'ai - dans le centre commercial tendance et cossu - acheté quelques conneries (dont une « boîte à meuh ») dont je suis fort content. Faire presque comme tout le monde. Sans oublier de gruger (le truc en plus glissé dans l'emballage). Il faut gruger, c'est nécessaire.

Revenir sur la notion de perruque (pratique méconnue du grand public qui consiste à réaliser un objet personnel sur le lieu et le temps de travail).

Et maintenant, Jésus-Marie (hein ?) faites que ce train démarre (marmonnait la blondasse ravissante, ligotée nue sur les rails. Non, pas nue : il reste des lambeaux de ses vêtements lacérés. Non, elle n'est pas seule : elles sont des milliers, blondasses presque nues, étincelantes sur les rails aveuglants, et tout excitées à l'idée que bientôt le train démarre (en bref : elles mouillent) mais il part de l'autre côté (après c'est fastidieux : il faut détacher, rhabiller, débarbouiller, reprendre ses habitudes)).

Il y a à certains moments, parmi les bruits du train, des grincements qui font irrésistiblement penser à d'archaïques engins : potence, guillotine…

J'ai vu le jupon de la vieille (et ses varices). - Et ses hémorroïdes ?

Écrire des cantiques pornographiques.

Étoile de glaire    
(Aux raies suscitées).

Elle n'est absolument pas crédible mais - j'apprécie son effort quant à « faire la pouffiasse ».

Elle est jeune elle est fraîche elle est - très - mignonne. Elle est nulle au lit.

Ce n'est pas vous qui êtes séduisante - c'est votre robe.

Une tête de chien - un corps de chèvre… (ou bien : une tête de chien - un corps de rêve).

Ce n'est pas un pet, c'est une bulle.

Samedi matin, un enfant chante dans la rue : « on va pas aller à l'école… on va pas aller à l'école… ».

Soleil dans les yeux, pieds bréneux.

Cette régulière contrariété à propos des ongles, des poils, des cheveux - qui poussent.

De temps en temps je les capte, j'arrache leur visage.

Cette fois ça y est. Souffle, respiration (tout à recommencer).

La plupart du temps il ne se passe rien.

Cet homme immonde, adipeux, bouffi, avec son polo rose et ce journal qu'il tient contre lui. En gros titre « 5,9 millions d'obèses ».

« Moumoune, j'te fais deux pious bien mouillés et bien baveux sur… sur les… sur les joues » (entendu dans le train).

Lui gifler les seins.

Rien d'autre.

Un quai de gare délabré, fissuré. Rien d'autre.

Au moindre incident, chacun y va de son petit commentaire avec un air et de nombreux sous-entendus. Ils ne conçoivent pas qu'on puisse ne pas être d'accord, qu'on ne pense pas tout à fait comme eux. Pis : que l'on s'en contrefiche. L'outrage est là : où va-t-on ? Ceci dit, puer des pieds à ce point est un outrage.

De certaines femmes se demander si elles ont bien conscience (de leur charme, de leur beauté, du sort qu'on leur réserve).

Une fille qui se rhabille, c'est bien aussi.

Il s'entraîne pour le marathon (on dirait un robot déréglé).

Corbeaux dans le champ de maïs    
Corbeaux dans le champ de maïs    
(fatalité).

Rendez-vous manqués, réunion d'irascibles ; destinations douteuses - entouré de jeunes filles à la voix criarde, criarde…

Le vent est si puissant qu'il t'arrache la figure…

Elle me regarde énamourée (elle est très myope).

Mon père avait retapé une maison. Il en louait les - minuscules - appartements. J'en occupais un, biscornu (celui de J., hospitalisée). Je crois qu'on ne pouvait se tenir debout tant le plafond était bas. Je rampais. Mais c'était surtout dû au vertige : le palier (l'appartement était au premier ou au deuxième étage) était fort étroit (vingt centimètres de large tout au plus) et dépourvu de rambarde. Impossible de sortir. Mon père se moque de moi. Pour me prouver que cela ne pose aucun problème, il va et vient sur la coursive, saute, danse - et finit par tomber. Je ne quitterai pas cet appartement. Dans le réfrigérateur il n'y a que des paquets de nouilles chinoises.

La zoophilie c'est bien beau (!) mais qu'est-ce que ces chiens puent !

Me suis blessé en ouvrant une bouteille de Châteauneuf-du-Pape.

Si je me débrouille bien, je serai derrière elle dans l'escalier roulant. (Souvent ça marche.)

Elle explique « et puis à un moment tu te dis merde… ».

J'aime ce que font les seins d'une femme quand elle est à quatre pattes.

Choses qui gênent, qui ne servent à rien.

Une femme possible.

Il sort des chiottes, mi-inquiet, mi-ravi : « putain, j'ai bien fait de pas péter »…

Cette belle invention : un jean moulant, coupé en minishort. Ne laisser que la couture, qui s'effrange, à l'entrejambes.

Des images…

Elle portait des lunettes ; elle avait un tel nez qu'on eut cru qu'il était faux (et aussi : la bouche entrouverte, les dents en avant et presque pas de menton).

Lui dire (sans sourire) « vous avez dû être très belle » (n'en penser pas un mot). L'âge - ou un accident.

Faire très bref : la pensée ramassée (serait-elle tombée ?).

Je m'arrachais un poil de nez énorme. Gêné, et incrédule, je le montrais à ma nouvelle conquête. Une erreur, peut-être.

Je lui aurais bien caressé les seins mais j'avais les mains tellement froides…

J'ai mes habitudes, mes coins…