Charles Bösersach

2007.07






Dakota South.

J'étais dans un lit à barreaux et, à côté de moi, sur un lit pliant, la fille de la MJC. Elle semblait accablée. À travers les barreaux je l'étreins, la console. Puis je dirige ses mains vers ma braguette : sors-la, branle-moi... En même temps je réalise que c'était précisément ce qu'elle voulait : vérifier si je suis juif...

Une énorme araignée sort de l'anus du nouveau-né.

Dans la rue : d'une fenêtre émane une musique étrange, presque du bruit et mélodieuse cependant... Je finis par m'apercevoir qu'il s'agit d'une chanson ordinaire, mais que la radio est très mal réglée...

Lorsque Gaëlle, vautrée sur une table basse, réclame qu'on l'encule, c'est qu'elle est constipée…

Comment nous sommes-nous retrouvés sur cette falaise vertigineuse ? Peu de prises. Monter ? Descendre ? Curieusement : aucune fatigue. Le paysage est formidable. Bien sûr, tôt ou tard, il faudra tomber.

Délicatesse : je chie de la merde.

Le vieux s'est blessé la main en fouillant la poubelle. Tout le monde veut l'aider mais personne n'a ce qu'il faut pour le panser.

Belle, mais chapeau ridicule (et cet air : je sais, je sais, mon chapeau est ridicule).

Il pensait qu' «espagnolette» désignait une pratique sexuelle particulière.

Le Dieu : être informe, nauséabond et malfaisant. Débrouillez-vous avec ça.
Satan : davantage de charme. Et il sait s'habiller, lui.

La jeune femme a remplacé son chapeau ridicule par un fichu (?) autrement seyant. La forme de son crâne est superbe.

Peu de choses : la chaleur. Aller de-ci, de-là, bander poliment chaque fois que l'occasion s'en présente. Je n'ai pas quitté le cercle mais j'y suis moins assidu. Il se passe des choses, aussi, ailleurs (mais c'est moins simple).

La vie privée de dessert.

Quelques semaines avec Sonia, pour son sourire, sa peau si noire, sa poitrine menue tellement arrogante. Elle parle, elle parle, cela fait un doux babil auquel il n'est pas nécessaire de répondre.

La fatigue, une alliée. Relire Cholodenko. Puis : ne pas lire. Le bras tombe. Je redoute un cancer de l'oreille interne. quelques signes (vieux singe hypochondriaque, oui). Alors, dans cette grande ville (de province), je consulte.

Dans cette grande ville : profusion de jeunes femmes délicieuses, accoutrées de façon ridicule. Gâchis.

L'envie de retourner aux domaines, de retrouver cette quasi-amnésie, si douce, si reposante. Dormir, baiser, torturer une viande. Ces paysages apaisés, tendres, nature délicatement domestiquée. Se réveiller avec contre soi une fraîche jeune femme, harnachée, ligotée, ouverte, offerte par qui ? Chaque matin se faire sucer : hygiène. Elles font cela si bien, comme si leur vie en dépendait (et c'est souvent le cas).

La chambre sent le cul, les draps sont sales, j'aime ça. Elle a du mal, avec son attirail, à gravir l'escalier. Je suis patient (faussement patient). C'est une force, une délectation.

Franchir le seuil : pénombre, humidité. Ici se terrent les petites mortes et dehors les ogres en rut, carcasses décharnées, griffues, aux sexes disproportionnés errent à l'aveuglette… L'odorat seulement !

Les volets sont entaillés, déchirés. Ils sont épais aussi. De quoi se nourrissent les petites mortes (ces jeunes filles maigres aux yeux cernés qui e sourient jamais, vêtues d'une légère et transparente chemise de nuit en lambeaux) ? Un biscuit. Toujours le même.

Je ne suis pas un ogre, ai-je affirmé en entrant dans la pièce. La fille qui m'accompagne trébuche et s'affale sur le sol en terre battue.
Refermez la porte s'il vous plaît, murmure une petite voix triste.
La fille qui m'accompagne ne sert à rien ici. Elle paraît vulgaire, lourde, maladroite. Les petites mortes se nourrissent du sperme des vivants. Plus elles en absorbent, plus elles sont lumineuses, luminescentes plutôt, et les ogres les redoutent. Mais cela ne dure pas.
Toutes ces maisons en pierres, tous ces volets bien clos. Un séjour ici est une bénédiction. Les ogres sont grotesques et les petites mortes sucent avec dévotion, dans un silence qui exacerbe et magnifie le bruit de leurs petites bouches, petites lèvres, petites langues. Elles sont insatiables, inlassables. On en sort épuisé.
Mais d'où vient cet éternel biscuit qu'elles grignotent, assises dans un coin de la pièce, dans le coin le plus sombre, là où il fait le plus froid ? Un amour piétiné, une photo peut-être : elles sont là depuis longtemps, et pour toujours.
Je n'ai pas souvenir d'avoir vu le soleil.
Les maisons sont reliées entre-elles par des passages souterrains humides, infects. Elles circulent (elles se ressemblent toutes), s'effleurent, se saluent à peine mais avec quelle grâce…

Je change de stylo (celui-ci va beaucoup mieux, plus rapide, plus fluide ; plus net). J'attends le Docteur H. et sa sentence. Je l'imagine brandissant une hache énorme, brillante (acier inoxydable) et paradoxalement très légère (très maniable) et susceptible de trancher d'un coup bras, jambe, tête. Ça vous couperait un bonhomme en deux (et tout ça avec le sourire).

La jeune femme qui patientait avant moi dans la salle d'attente s'endormait. Jolie, peut-être un peu trop grande ? Elle s'endormait pour de bon. Le Dr. H. réapparut avec un sourire. Les reflets de ses lunettes me rappelaient cette hache ridicule qu'il brandissait tout à l'heure.
Elle dort, on va bien s'amuser !
Nous la portons sur une table d'examen et hop ( après vous non je n'en ferai rien on tergiverse) finalement il lui ouvre les mâchoires avec un écarteur et enfonce son gros membre mou dans la bouche de la belle enfant. Moi ? Je passe d'un trou à l'autre. D'un trou l'autre aurait écrit Céline.
On s'amuse bien, on papote, on prend tout notre temps. Ensuite on la rhabille comme on peut, on l'installe dans la salle d'attente, il lui injecte un antidote… et le temps passe. Je reste là, faussement absorbé par la lecture d'un quelconque magazine. Je me suis rarement autant diverti.

Chiens sur la plage, en maillot de bain. Ils fument la pipe, bâtissent des châteaux de sable. Certains portent un bob et tous s'accordent à qualifier le coucher de soleil de sublime.

J'ai quitté ce dernier poste (honorifique mais grassement rémunéré) par ennui. Il y avait aussi quelques figures (des notables du cercle venaient ici dissoudre leur ennui). Cette folle quinquagénaire, une harpie, qui parlait tellement vite, et à voix si basse, qu'il était impossible d'y comprendre quoi que ce soit. Elle se pensait importante. Au mieux, les autres la méprisaient. Une sorte d'araignée pas venimeuse, non : un faucheux aux membres longs et fragiles. Et toute cette peau qui pendouillait… Heureusement, elle ne pouvait rien exiger de nous mais les autres…

Passer sa vie au cul des femmes
Tenon dans la mortaise
Emmanchés comme des punaises…

Au crépuscule, elle erre en boitillant par les rues de la petite ville. Vers chaque homme qui lui ressemble, elle se précipite. Ils la repoussent, se moquent inquiets. Elle repart en pleurant, en répétant « j'ai un problème d'amour… un problème d'amour… ».
Ô vous qui me lisez, qui saura ressentir l'immense tristesse qui émane de ces quelques lignes ? Car, elle, je l'ai connue, et aimée… et celui qu'elle cherche, c'est moi…