Charles Bösersach

2009.01






Cette nuque devant moi, fine, déliée, quelques mèches follettes mais casquette crasseuse. L’envie de le lui dire.

Nuit : tellement de bruit que vers 1 ou 2 heures du matin je pris mon oreiller pour aller dormir au salon. Mais de ce côté aussi il y avait du bruit.

Harry bosse ses beaux lavis.

Campagne, brume, petit chemin qui va en lisière de bois. Tant de beauté, vaches paisibles et au loin, en contrebas, silhouette curieuse, maladroite… mais têtue, déterminée (c’est un petit robot, en bois, tout de guingois ; il s’est construit tout seul, ça a pris des semaines ; je suis impressionné).

Les ours se suivent et ne se ressemblent pas.

Avec J. on entre dans un ascenseur, dans un immeuble de standing. D'autres personnes arrivent, sobrement élégantes. Chacun appuie sur le bouton de l'étage désiré. Les portes se ferment, l'ascenseur grimpe... sans s'arrêter (à la stupéfaction générale) jusqu'en haut, au vingtième étage. Là : une grande pièce qui ressemble à une immense salle d'attente. Lumière tamisée, bleutée. Tout le monde est avachi sur des divans. Les gens qui étaient avec nous s'intègrent à cette espèce d'orgie assoupie. J. et moi  et une autre jeune femme à l'air sage et timide désirons partir mais c'est très discrètement qu'il faut appeler l'ascenseur, et c'est très vite qu'il faut y entrer et partir. Nous nous arrêtons quelques étages plus bas, là où initialement nous souhaitions aller (voir quelqu'un). La jeune femme a l'air si sage est soudain changée : débraillée, l'air vicieux, elle nous fait comprendre qu'elle va tout de suite remonter, à l'aide d'un autre ascenseur...

Couloirs à ciel ouvert

Fatigue nonobstant, et faim. Très drôle. Quel monde moderne. On en est à souffrir comme des bêtes, pire même. C’est tout à fait inadmissible. Enfin, compréhensible, mais pas forcément admissible. Ce qui m’effraie (enfin : m’inquiète) : aucune idée de ce que sera le lendemain.

Au Grand Bazar, à Lyon, il y a des femmes, ce genre de femmes de 35/40 ans qui s’ennuient, et que tu violes avec les yeux, et qui en redemandent.

Dans une toute petite maison, très petite, comme un décor expressionniste, une maison pas crédible, je venais d'assassiner quelqu'un. À vrai dire, je ne suis pas sûr d'être le coupable ; c'est peut-être quelqu'un d'autre ; d'ailleurs le corps est introuvable. Pourtant, quelqu'un est entré par la fenêtre, affolé (l'assassin?), et la police me cherche pour m'arrêter. Je m'enfuis. J'arrive dans un petit château, il y a une réception extrêmement huppée. Par chance, je connais une des filles qui posent en rang sur l'escalier de l'entrée. Toutes portent des robes en soie rose, mais de coupe moderne. Je me sens déplacé mais il faut que je reste là : ça me protège de la police.

L’avenir est loin, inintéressant, inutile.

Bien sûr, ce soir, dans un hôtel improbable de Bron, non loin de l'autoroute, il y aura un VRP qui lira Camus, en édition de poche, usée, achetée deux euros, oui, sûrement... la chambre sera humide, on entendra le bruit de la chasse d'eau toute la nuit, et cela donnera à penser...

La femme sur le sol les cheveux sales. Sa mâchoire inférieure légèrement faussée, un mince sourire triste sourire condamné qui sans merci sourit, infléchit les gestes qui suivront, les pensées à venir, fatras…

J’ai rangé des revues dans des cartons, pour faire de la place. Je me suis demandé pourquoi je gardais tout ça, si je les relirai un jour, et finalement à quoi tout ceci était utile. Puis je me suis dit « si tu vas par là, il y a bien d’autres choses qui méritent les mêmes réserves » alors je n’ai pas insisté ; on verra plus tard.

Pâtes et tomates à la poêle avec olives vertes & herbes de Provence... S’il n’y a pas d’ail, c'est raté, dit A. C'est raté alors.

Sur une route, en pleine campagne. Moyenne montagne. J’écris, au stylo plume, de brefs poèmes sur le goudron. Le goudron est gris clair, cela écrit très bien, très agréablement. L’encre est très noire. Voilà que passe JPE (qui rentre du « travail »), torse nu (cf. « Mademoiselle Julie » de Strindberg), juste au moment alors qu’il n’y avait pourtant aucune raison de l’expecter : après tout, je n’étais pas même censé savoir où j’étais où je pensais à lui ; un rapport avec un poème... Je suis heureux de le voir. On se salue, on se congratule, et il m’invite à l’accompagner « à la maison ». Ce que j’accepte avec plaisir. La maison est un immense hôtel délabré, désaffecté, à tel point que les vérandas, les fenêtres semblent une sorte de dentelle : rouille, usure, mousse ; c’est très beau. La porte principale, comme une porte de clinique, grande porte coulissante en verre fumé à deux battants, est neuve, elle. Il y a un système de protection avec « mot de passe » très sophistiqué ; en fait de mot de passe, c’est une longue gestuelle que JPE pratique, suite de mouvements complexes, destinés, semble-t-il à faire ouvrir la porte. De fait, après cette petite danse rituelle, nous empruntons une petite porte, à gauche, dans un renfoncement. Je me dis que je vais téléphoner à J. pour lui dire de nous rejoindre. Puis j’oublie. Il y a D., deux grands chiens (un noir, et l’autre fauve ou gris) fort affectueux que je dois saluer et caresser comme il se doit. C’est assez animé. D. est très bavarde et me raconte des tas de choses ; J., qui est là, n’est pas de reste. Malgré que J. soit là, je reste obnubilé par mon idée de lui téléphoner.

Les os de mes ancêtres sont mélangés un peu partout.     
Où va se nicher la coquetterie? Où ?

Le poisson pané de la dernière pluie.