Charles Bösersach

2009.02






Ta quique hardie.

C’est le matin que je préférais sauter Yasmine, malgré l’envie de pisser. J’ai toujours aimé cette expression, « sauter », qui a quelque chose de léger, presque joyeux, sans conséquences en tout cas.

À l’époque, je ne connaissais pas l’existence des Domaines, de l’Institut (lire Dies Irae), pourtant,sans le savoir, je logeais dans un de leurs bâtiments, à Caluire près de Lyon, juste au dessus de la Saône.

Yasmine se levait tôt pour aller travailler. Je ne lui ai jamais demandé ce qu’elle faisait. Elle réglait la sonnerie de son réveil encore plus tôt, puisque il fallait d’abord baiser. Je somnolais. Elle me tripotait, me branlait gentiment puis s’installait sur moi. Elle avait des mouvements d’avant en arrière, fort énergiques, parfois trop, qui me laissaient toujours insatisfait. Elle jouissait vite, avec de petits feulements délicieux, s’affalait sur moi, m’embrassait puis me suçait et avalait scrupuleusement. Et c’était immuable. Ensuite elle se levait prestement, vaquait à sa toilette, mangeait un biscuit ou deux, revenait m’embrasser et s’en allait. Je me rendormais. Parfois après m’être masturbé, tranquillement. La journée je traînais, j’écrivais, je regardais par la fenêtre, je mangeais des raviolis d’entrée de gamme. Roberte venait de temps en temps, jeune femme très mince, presque dépourvue de seins, à la tignasse crépue, dotée d’un petit cul qu’ingénument elle mettait en exergue dans des jeans moulants un sexe de fillette. Je ne l’ai jamais sautée (elle ne voulait pas).

Roberte aimait parler. Et moi la tripoterquand même.

Nous parlions, vautrés sur mon matelas douteux. Elle voulait lire mes manuscrits, parlait de ses tentatives (peinture ; je n’en ai jamais vu, du reste). Je parvenais à glisser la main sous son pull. Elle ne portait pas de soutien-gorge (pour quoi faire ?) et j’avais l’impression de caresser une gamine. Troublant mais ennuyeux (Yasmine avait une belle poitrine, un peu molle, dont je ne me lassais pas). Nous nous embrassions parfois (je l’embrassais parfois) et les jours fastes je parvenais à déboutonner son jean, à laborieusement passer la main dans sa culotte, et je la branlais doucement, longtemps. Elle ne me touchait pas, agrippait mon avant-bras. De petits spasmes la secouaient. Parfois elle pleurait. Nous ne disions plus rien. Le tourne-disque s’obstinait sur le dernier sillon, cela faisait une musique étrange, hypnotique j’écoutais le bruit de la bruit, des gens qui parlaient, dehors, juste sous la fenêtre. Enfin elle repoussait ma main et trouvait un prétexte pour s’éloigner. Faire du thé, changer le disque… Elle aimait particulièrement Hejira de Joni Mitchell. Je tâchais de l’initier aux quatuors de Bartók. Nous fumions. Elle partait. Alors, dans la salle de bain, je reniflais mes doigts, les suçais tout en me masturbant.

Important (?) : ce journal va s’interrompre ; se suspendre tout au moins. Une sorte de suite sous forme de poèmes courts est et sera disponible ici.